Notre Histoire

Collette, ou la dignité sous les eaux

Dans un quartier modeste de Libreville, entre les ruelles étroites et les éclats de rire des enfants, vivait une femme discrète, presque invisible aux yeux du monde. Elle s’appelait Zang Collette Alloumba.

Collette n’avait rien d’extraordinaire, si ce n’est son courage. Elle était technicienne de surface à l’université Omar Bongo. Chaque matin, avant même que le soleil ne se lève, elle partait travailler. Un balai à la main, un sourire discret sur le visage, et dans le cœur, une mission : élever seule ses onze enfants avec un salaire de 75 000 FCFA par mois.

Une somme dérisoire. Et pourtant, elle a tenu bon. Onze vies nourries, vêtues, éduquées, encouragées – souvent au prix de ses propres besoins, de ses propres rêves.

Sortie meurtrie d’un mariage difficile, rescapée d’accidents de la vie, Collette a construit quelque chose de plus fort que la douleur : elle a bâti de ses mains un avenir. Littéralement. À force de privations, année après année, elle a réussi à faire sortir de terre trois maisons en matériaux durables. Trois bâtisses modestes mais solides. Trois promesses de sécurité. Pour elle. Pour ses enfants. Pour la suite.

Mais un jour, les eaux sont venues.

Elles ne venaient pas d’un fleuve en colère, mais d’un système qui abandonne ses habitants. Des canalisations obstruées, une urbanisation chaotique, l’indifférence de ceux qui planifient sans écouter. Et petit à petit, l’eau a envahi le quartier Avea’o, gagnant les murs, infiltrant les fondations, engloutissant les espoirs.

Aujourd’hui, les maisons de Collette sont menacées, trempées, fissurées. Ce qu’elle avait bâti avec fierté est en train de se désagréger dans la boue. Chaque pluie est devenue une peur. Chaque nuit, une angoisse. Et pourtant, elle ne crie pas. Elle ne se plaint pas. Elle continue. Mais à quel prix ?

L’histoire de Collette, ce n’est pas une simple anecdote. Ce n’est pas qu’un “cas social”. C’est le reflet d’une injustice plus large, plus sourde, plus violente. Celle du mal-logement, ce fléau silencieux qui détruit sans faire de bruit.

C’est aussi à partir de cette douleur que quelque chose est né. Une idée. Une volonté. Un mouvement.

C’est en regardant sa mère se battre sans arme, perdre sans justice, qu’un de ses enfants s’est dit : plus jamais ça. Plus jamais une femme, une mère, une travailleuse ne devrait vivre cela, seule, oubliée.

C’est ainsi qu’est née l’association Territoire. Non pas comme une simple organisation, mais comme un cri collectif. Une promesse. Celle de défendre le droit à un logement digne pour tous. De faire de chaque maison une forteresse contre l’abandon. De faire entendre les voix qu’on ne veut pas écouter.

Car le mal-logement, ce n’est pas juste une affaire de béton ou de toits. C’est une question de dignité. C’est une urgence humaine. Et protéger l’habitat, c’est protéger la vie.

Aujourd’hui, si vous lisez cette histoire, c’est pour que Collette ne soit plus invisible. Pour que chaque maison construite par amour ne soit plus détruite par l’indifférence. Et pour que, tous ensemble, nous relevions ce défi : bâtir des territoires justes, solidaires, et humains.